La pratique de Colette Hyvrard est celle du "bricoleur" au sens où l'évoque Claude Lévi-Strauss : "La règle de son jeu" est de toujours s'arranger avec les "moyens du bord" c'est-à-dire un ensemble à chaque instant fini de matériaux hétéroclites trouvés et adaptés au projet du moment." (Claude Lévi-Strauss, La pensée sauvage, Paris, Plon, 1962, p.27)
"La ferme des animaux"
"Les oiseaux"
"Il arrive à certains objets de vivre plusieurs existences. Prenez un simple carton d'emballage. Stocké dans un supermarché, il servira à un client pour transporter ses marchandises, puis, éventuellement de casier à bouteilles ou de table basse. Usagé, il sera rejeté à la rue où il fera le bonheur d'un sans abri et sera ensuite récupéré par un artiste contemporain qui l'étalera avec succès dans une salle d'exposition.Traité alors avec infiniment plus de ménagement, il se verrra attribué une date, un titre et un prix, et si tout va bien, restera exhibé pour un temps assez long et dans de bonnes conditions hygrométriques. L'objet de consommation courante (carton, bouteille, etc.) réapparaît de manière récurrente dans l'art comme garantie des liens de l'art avec la "vie" ou, selon les tendances, de la présence de "la vie dans l'art"(mais l'art, quel qu'il soit, peut-il être isolé de la "vie", c'est-à -dire de son époque, de son contexte...?) Récemment, l'objet que, pour simplifier je qualifierais de "banal" (carton mais aussi objets ménagers et emballages divers) est devenu un sujet de prédilection pour l'artiste photographe. Il subit alors différentes transformations au cours de son passage en image. Eliminons celles qui tendent à esthétiser l'objet en le transposant sur le papier glacé, en très grand format. N'importe quel chou pourri acquiert alors une monumentalité qui le transforme en objet de luxe."
"Je m'intéresse plutôt aux légers déplacements opérés sur ces objets qui sont le fait de plusieurs démarches actuelles. Les procédés mis en oeuvre sont tout à fait simples et ne dénaturent pas l'objet (celui-ci reste toujours identifiable). Ils tiennent à l'éclairage, la mise en scène, parfois la confrontation avec des objets de même nature. Ces procédés sont totalement exhibés de sorte que la transformation se fait sous les yeux du spectateur : un léger découpage dans un carton le transforme en immeuble, un palmier en plastique posé dessus en fait un désert ; éclairé, le carton déchiré peut projeter une silhouette fantastique et insoupçonnée. La simplicité des moyens mis en oeuvre et la pauvreté des matériaux utilisés sous entend la capacité de tout à chacun à la transformation. La nature du dispositif photographique garantit, au même titre que l'objet, la relation de l'image au"réel existant" (relation de type indiciel). Elle souligne cependant le fait que chaque regard sur les choses n'est qu'un point de vue, et la transformation une expérience à chaque fois singulière."
Colette Hyvrard
" De la "Vénus de Milo", la "Victoire de Samothrace" et du "Discobole de Myron", je n'ai retenu que le point de vue des diapositives vendues au Musée du Louvre. J'ai " déconstruit" en quelque sorte ces chefs d'oeuvres dans les échafaudages précaires au premier plan. Je confronte beauté idéale et réalité des objets du quotidien qui, bien que triviaux, n'en sont pas moins dignes d'intérêt."
" Les petits boudins dispersés et l'ombre qui les réunifie, sont deux états possibles de la conscience du corps et de l'espace. La conscience d'un corps réunifié est confrontée à celle d'un corps éclaté aux membres dissociés.